INTRODUCTION

L'éducation des oiseaux de basse-cour est une branche assez importante de l’économie rurale et tout à fait du domaine d'une ménagère. Les produits de cette industrie récompensent amplement des soins qu'elle exige. Une basse-cour bien dirigée peut fournir à la consommation de la famille et subvenir en partie aux frais du ménage; mais, pour obtenir de tels résultats, une surveillance active et continuelle, un bon mode d'élevage et l'économie la plus sévère sont indispensables.

Il faut se contenter des ressources qu'offrent la localité et l'exploitation, et de celles qu'on peut se créer, sans faire des frais qui dépasseraient le profit; car, avant tout, c’est le produit net qu'il faut considérer. Si l'élevage des volailles est souvent plus lucratif en petit qu'en grand, c’est que, pour une petite basse-cour, on trouve une foule de ressources naturelles qui viennent grandement en aide à la ménagère et qui ne suffiraient plus dans une grande exploitation; ainsi, dans une petite métairie où on élève quarante ou cinquante voiles, elles se nourrissent une grande partie de l'année des insectes et des graines de la basse-cour et du voisinage; tandis que dans une grande ferme, où le nombre des élèves s'élève à deux ou trois cents, ces ressources n'augmentant pas dans la mème proportion, il faut pourvoir à la nourriture de la basse-cour pendant un plus long espace de temps.

L'élevage des oiseaux de basse-cour n’est profitable qu’autant qu'on peut les nourrir, en grande partie du moins, avec des aliments d’une très-faible valeur où qui ne peuvent être employés à aucun autre usage. S'il fallait toute l'année nourrir des volailles avec des grains ayant une valeur commerciale, on verrait que le compte de la basse-cour, s'il était tenu avec exactitude, se balancerait en perte.

Je n'en conclus cependant pas qu'on ne peut employer avec avantage, à la nourriture des volailles, des grains ou des aliments d’une certaine valeur; mais ils ne doivent être employés que comme complément ou pour l’engraissement, et encore faut-il faire un choix judicieux de ces denrées, et cultiver de préférence certaines plantes qui coûtent peu et conviennent particulièrement à cette destination.

À plus forte raison, je dois dire que l'élevage des volailles dans une cour ou un enclos fermés ne peut être que fort onéreux, et ne convient qu'à des gens qui élèvent des volailles dans un but d’amusement, ou des races de choix dont on peut vendre les élèves à un prix élevé,

IL importe beaucoup de faire un choix dans les espèces qu'on veut élever; car telle localité convient aux poules et pas aux canards, aux oies et pas aux dindons., On doit faire entrer aussi en considération la facilité des débouchés. Ainsi, il sera avantageux d'étendre l'élevage des volailles près des grandes villes, où leur nourriture ne coûte pas plus cher qu'ailleurs, et où leur vente donne beaucoup plus de profit.

Il faut aussi considérer la proximité ou l'éloignement des récoltes que les volailles peuvent endommager, Dans certains cas, les dégâts dépassent le profit qu'on peut obtenir, Si la basse-cour est entourée de terres et de récoltes dans lesquelles les volailles peuvent faire des dommages, il convient même de fermer cette basse-cour à certaines époques. Cette condition est assez difficile à remplir : cependant elle devient indispensable si l'on donne une certaine extension à l'élevage.

En général, il est très-utile que les volailles habitent la cour occupée par les écuries et le fumier; elles y trouvent une foule de graines et d'insectes qui servent grandement à leur nourriture, et dont, en même temps, elles purgent le fumier, ce qui est aussi fort avantageux : de plus, la chaleur qu'elles y trouvent, chaque fois qu'elles en éprouvent le besoin, leur est extrêmement utile.

Je sais que cette communauté a quelques inconvénients, parce qu'ils’échappe du corps des volailles des petites plumes qui peuvent s'introduire dans les voies respiratoires des quadrupèdes et causer des accidents très-graves ; mais heureusement ces cas ne sont pas fréquents, et d'ailleurs la vie des hommes, comme celle des animaux, est sans cesse entourée d'une foule de périls auxquels quelques-uns succombent et que le grand nombre évite, I est impossible de ne pas S'y exposer.

Les volailles, les poules surtout, font bien quelque tort au fumier en le grattant et en l'écartant du tas; mais il est très facile de parer à cet inconvénient en plaçant le fumier dans une fosse appropriée à cet usage, comme cela doit être dans une exploitation bien dirigée, ce qui offre le double avantage d'éviter l'inconvénient dont je parle et d'augmenter la qualité du fumier.

Les principaux oiseaux de basse-cour sont les poules, les dindons, les oies, les canards et les pigeons. C'est principalement sur ces cinq espèces d'oiseaux que doivent opérer ceux dont le but est de faire une spéculation lucrative. Cependant des essais ont été tentés avec plus on moins de succès pour conquérir d'antres espèces à l'économie domestique, et nous dirons comment il est possible d'élever des faisans, des perdrix, des cailles et des pintades. À ces oiseaux on pourrait ajouter le cygne, qui peut nous offrir une assez grande ressource par sa chair et par son duvet, et qui jusqu'ici n'a été élevé en France que comme oiseau de luxe, pour faire l’ornement des pièces d'eau; enfin le paon, dont la chair est assez délicate dans son jeune âge, et qui, par l'élégance et la richesse de son plumage, est la plus magnifique parure d'une basse-cour, mais qui a l'inconvénient de faire une guerre acharnée aux autres volailles et de pousser des cris affreux. Je dirai aussi un mot de quelques espèces nouvelles que nous devons surtout aux efforts persévérants de M. Geoffroy Saint-Hilaire, comme le hocco, l'agami, le marail et le goura.

Je m'efforcerai donc de réunir dans cet ouvrage tous les moyens qu'une expérience éclairée a consacrés pour élever avec profit tous ces animaux précieux. J’ose espérer que mes avis seront de quelque utilité aux ménagères qui auront assez de confiance en moi pour les écouter. C’est dans la même intention que je joindrai à ces instructions quelques détails sur l’incubation artificielle, bien que, dans mon opinion, ce mode d'éclosion ne puisse être exploité avec avantage qu'en grand et dans des circonstances toutes particulières. Si donc on voulait s'y adonner, il ne faudrait pas s'en tenir à mes instructions, mais aller visiter les grands établissements de ce genre, et chercher à imiter ce qu'on y trouvera de bon, tout en évitant les fautes que la pratique a pu faire découvrir dans l'établissement qu'on aura pris pour modèle,

Je donnerai aussi un travail spécial sur l'éducation des lapins, bien que la loi actuelle sur la chasse doive restreindre beaucoup leur éducation, puisque, dans certains départements, il n'est possible de vendre les produits d’un clapier que dans le temps où la chasse est permise, et que, par suite, ils ne peuvent, hors de ce temps, être utilisés que dans le ménage du propriétaire.

Je n'ai point la prétention de donner dans cet ouvrage beaucoup de choses nouvelles; il y en a peu à dire sur un sujet aussi connu; mon traité n’est guère que la réunion des meilleurs procédés d'élevage et d’engraissement usités dans les contrées de la France où l'on se livre avec le plus de succès à l'éducation des oiseaux de basse-cour. Cependant mon expérience m'a permis de faire quelques bonnes observations, de pratiquer quelques procédés économiques et profitables qui ne sont pas encore assez connus ; bien que j'en aie parlé succinctement dans ma Maison rustique des Dames, je vais les exposer ici avec toute l'étendue que comporte un traité spécial.

Au moyen de cet ouvrage, chaque ménagère pourra ainsi ajouter à son propre savoir celui des autres, perfectionner sa méthode et éviter bien des écueils.

J'ai surtout écrit au point de vue de l'économie agricole. Je ne me suis pas contentée de dire comment les oiseaux de basse-cour doivent être élevés par les ménagères qui ne voient dans leur élevage. qu'un amusement : mon but a été surtout d’établir avec précision le produit net qu'on peut en tirer. Il reste certainement bien des choses à dire sur cet intéressant sujet, mais j'ai la conviction qu'on peut se fier à mes conseils, sans craindre de commettre des erreurs ou de s'engager dans des dépenses stériles.