Innovations importantes

Division et classement des cultures de légumes

Il est non seulement indispensable de séparer les cultures d’arbres fruitiers, de légumes et de fleurs, comme je l’ai indiqué dans le chapitre 2, pour obtenir des résultats certains ; mais il faut encore adopter, suivant les besoins de chacun, un mode de culture qui lui donne à bon marché, et d’une manière assurée, tous les produits nécessaires, De là l’obligation de diviser la culture des légumes en culture intensive et en culture extensive, et même d’introduire dans chacune de ces cultures des classements, suivant la nature des produits à obtenir.

La culture intensive est celle avec laquelle, à l’aide d’un certain capital et d’un travail suffisant, on obtient, sur un très petit espace de terrain, une grande quantité des plus beaux et des meilleurs produits.

La culture extensive, au contraire, demande peu ou presque pas de capital, moins de travail, mais donne sur un plus grand espace de terrain des produits moins abondants et de qualité plus inférieure.

La culture intensive, dans toute l’acception du mot, convient au potager du propriétaire, chez lequel avec des engrais suffisants, un arrosage copieux et une certaine somme de travail, on obtient, sur un espace très restreint, des récoltes des plus abondantes, des plus variées et de premier choix.

Le potager du fermier, attenant à la ferme, où la surveillance est constante et facile, sera soumis à la culture intensive, mais à un degré moindre que celui du propriétaire. Il faut au fermier les légumes nécessaires à sa consommation personnelle, et une grande. quantité de plants à repiquer en plaine pour les besoins des ouvriers agricoles. Il sera dépensé dans ce jardin autant d’engrais que dans celui du propriétaire, mais moins d’eau et de main-d’œuvre.

Les potagers du rentier, où il faut obtenir des récoltes abondantes sur un très petit espace ; du presbytère et de l’instituteur primaire, devant servir de type de production à la commune ; ceux des employés de chemin de fer, des gendarmes, des douaniers, etc., servant de ressources à leur famille, et devant donner un excédent dont la vente solde tous les frais et produit même quelquefois un bénéfice, devant par conséquent produire beaucoup et à très bon marché, appartiennent aussi au domaine de la culture intensive, mais à des degrés différents que nous indiquerons plus loin pour chacun d’eux.

Le potager de la ferme, destiné à produire les légumes nécessaires au personnel agricole, un excédent destiné à la vente, ou des récoltes dérobées pour les animaux, suivant les débouchés ou les besoins, est l’expression la plus exacte de la culture extensive. Ce potager, placé en plaine, entrera dans l’assolement agricole, sera cultivé avec les instruments agricoles, et ne recevra pas d’arrosements.

Les potagers du petit cultivateur et du métayer, placés également en plaine, et destinés à alimenter les marchés, appartiennent aussi à la culture extensive, mais à un degré différent. Ces cultivateurs, manquant de bons instruments agricoles, seront obligés de faire le travail à la main ; en outre, ils devront varier davantage leurs produits pour en retirer une somme plus élevée.

Les potagers des hôpitaux, des communautés, des grands établissements ayant un nombreux personnel, et celui des Camps, destinés à pourvoir à l’alimentation du personnel et du bétail, et à produire un excédent vendu pour solder les frais, sont également soumis à la culture extensive à des degrés différents, et avec des modes d’application particuliers que nous indiquerons à chacun des chapitres spéciaux pour ces jardins.

Cette organisation toute nouvelle ne suffit pas seulement pour atteindre notre but : production abondante à bon marché ; il faut encore la compléter par une disposition rationnelle des jardins, une préparation du sol convenable, un arrosage abondant et économique, un assolement qui, en nous assurant la conservation des variétés, distribue sagement les engrais, et place chaque espèce de légumes dans le milieu qui lui convient. La fabrication économique des engrais, les défoncements du sol, la disposition des cultures, les outils à employer, et enfin Îles variétés à choisir sous chaque climat de la France, tout cela constitue l’organisation générale. J’y consacre toute la seconde partie de ce livre.

Il y a loin de la ligne que je trace à celle suivie, jusqu’à ce jour, par la plupart des enseignements actuels et des ouvrages horticoles. Les uns comme les autres, s’enfonçant dans la même ornière, ont couvert le chemin de fondrières, au lieu de l’aplanir pour en rendre l’accès facile à tous.

Le but de mon enseignement n’est pas d’apprendre à quelques jardiniers à faire des fruits et des légumes, coûtant dix fois ce qu’ils valent sur le marché, mais de rendre la production abondante pour tout le monde, et de créer à la fois du travail, du bien être et d’importantes richesses avec ces productions qui apporteront forcément une notable augmentation à l’agriculture, par l’abondance des engrais, et une culture énergique du sol.

Ce but est facile quand on sait la culture. Ce n’est pas une chose difficile à apprendre, mais c’est une science qu’il faut encore se donner la peine d’acquérir si l’on veut obtenir des résultats concluants, et s’affranchir des erreurs désastreuses de l’ignorance, comme de la cupidité mercantile et domestique. Rien n’est plus facile en étudiant mes trois volumes : l’Arboriculture fruitière, le Potager moderne et Parcs et Jardins. Ces livres sont le fruit de longues années de travail et de pratique consciencieuse. La culture des fruits est divisée dans l’Arboriculture fruitière, dixième édition, comme celle des légumes dans le Potager moderne, en culture intensive et en culture extensive, afin de rendre la production économique d’abord plus facile pour tous, et ensuite lucrative pour chaque genre de produit. Parcs et Jardins donne la clef de la création facile des plus jolis jardins paysagers et de la culture des fleurs aussi simple qu’économique.