«J'entre dans mon jardin...
je mange mon miel et mon rayon...»
CANTIQUE DES CANTIQUES DE SALOMON
Je ne donnerai point ici le compte-rendu détaillé des observations faites au rucher expérimental, ni celui de toutes les expériences que j'y ai effectuées ; cela serait fastidieux pour le lecteur; la lecture des remarques et observations faites au jour le jour finirait par le lasser ; qu'il me suffise de donner les résultats généraux, les seuls qui soient utiles et intéressants pour le lecteur.
Je ne détaillerai que les opérations de la récolte et livrerai quelques petits procédés inédits pour cette récolte, quelques petits trucs pratiques dont tout apiculteur pourra faire son profit.
Le rucher expérimental comprend 9 ruches «procédé Izarra», disposées sur 2 rangées d'est en ouest, entourées sur 3 côtés par une haie les protégeant du vent. Ces 9 ruches «procédé Izarra» ont été enruchées de deux manières : les unes (au nombre de 3) au moyen d'un essaim nu ; les autres (au nombre de 6) par le transvasement de ruches pyramidales. Les ruches sont orientées leur entrée tournée vers le midi. Elles sont toutes à 4 hausses. Le rucher étant clos, j'ai mis quelques lapins qui tondent l'herbe, l'espace situé en avant des ruches devant être bien dégagé.
Durant les mois d'activité des ouvrières juin-juillet), j'ai maintes fois constaté que les abeilles rejettent du coton par le trou de vol et j'ai remarqué qu'elles avaient foré des trous d'aération entre les hausses, en enlevant le coton qui remplit les vides séparant les hausses entre elles ; un premier réflexe ayant été de reboucher ces ouvertures, les abeilles ont eu tôt fait de les rouvrir ; à la réflexion, j'ai conclu qu'il était sage de laisser les abeilles établir à leur gré ces ouvertures qui ont une utilité certaine ; il faut respecter les décisions des abeilles, ces ouvertures jouant un rôle dans l'aération de la ruche ; ceci met encore une fois en évidence l'avantage de la ruche «procédé Izarra» sur les autres ruches : la présence du coton bouchant les vides séparant les hausses entre elles permet aux abeilles d'établir à leur gré ces ouvertures d'aération, qu'il faut respecter, chose impossible sur une ruche Dadant par exemple, où les hausses, intimement collées l'une sur l'autre, interdisent aux abeilles d'établir ces ouvertures d'aération.
Il faut veiller à ce que les oiseaux, surtout les pics-verts, n'arrachent le coton qui garnit les vides entre les hausses ; ces oiseaux prélèvent ce coton pour deux raisons principales :
Je signale qu'il ne faut pas oublier, avant l'hiver, de protéger les abeilles contre les incursions des rongeurs ; pour cela, disposer les classiques grilles contre les rongeurs, en fer galvanisé, en vente chez tous les fournisseurs d'articles d'apiculture. Une ruche ainsi protégée contre les incursions des rongeurs aura toutes les chances de passer les mois d'hiver dans les meilleures conditions.
Notons que les ruches «procédé Izarra» n'ont reçu aucun appoint de sucre pour passer les mois d'hivernage.
La percussion digitale des hausses renseigne très bien sur la progression des gâteaux ; on peut, comme je l'ai déjà indiqué précédemment, noter cette progression sur la paroi de la hausse avec de la craie.
J'ai ouvert plusieurs fois quelques ruches «procédé Izarra» pendant les mois d'été, avant toute récolte ; j'ai constaté que les gâteaux sont très épais, chantournés d'une façon absolument comparable à celle des gâteaux des ruches en paniers, d'une manière apparemment «arbitraire», mais qui répond aux raisons profondes des habitants de la ruche.
C'est une méthode de récolte suggérée par Mathis et mise en application dans mon rucher expérimental.
Récolter le soir ; laisser la hausse récoltée la nuit tout près de l'entrée de la ruche récoltée ; pendant la nuit, les abeilles rentrent dans leur ruche ; rentrer la hausse le matin de bonne heure pour l'extraction du miel.
Ce procédé, bien que faisable, est critiquable. Je donnerai un peu plus loin des variantes de ce procédé général de récolte.
Je suis partisan de laisser 4 hausses et de n'avoir que des ruches à 4 hausses; au-dessous de 4 hausses, la ruche ne serait pas assez forte ; au-dessus de 4 hausses, elle serait difficile à manipuler, pour le cas où il faudrait soulever cette ruche pour lui ajouter des hausses supplémentaires ; (encore qu'avec le système de brancards passant sous les tasseaux de saisie des hausses, cette opération est relativement aisée) ; de plus et surtout (et c'est la raison majeure pourquoi je préfère une ruche à 4 hausses et non davantage), j'estime qu'il faut laisser aux colonies leur chance de réaliser un essaim ;en effet, si, dans ces ruches à 4 hausses, (déjà considérables), il manque de l'espace, si les abeilles sont à l'étroit dans ces 4 hausses, eh bien, la sagesse, me semble t-il, est de les laisser ainsi et non d'ajouter de hausses supplémentaires ; la ruche va essaimer, me direz-vous ? Mais je réponds que cela fera un essaim, car si, dans une certaine mesure, on doit éviter l'essaimage, qui affaiblit la ruche, il faut savoir, de temps en temps, laisser essaimer les ruches, afin de procurer des colonies pour peupler des ruches nouvelles ; il n'est pas sûr qu'il soit bon d'empêcher à tout prix une ruche d'essaimer ; que savons-nous des exigences intimes de la biologie de l'abeille ? Cette «purgation» qu'est l'essaimage est sans doute nécessaire, comme tout ce qui existe dans la Nature ; l'homme a trop vite décidé que telle chose est «bonne» et telle autre «mauvaise» ; qu'en sait-il ? Rappelons-nous la hâtive condamnation des faux-bourdons. Que cette erreur grossière serve de leçon et nous incite à la modération dans nos décisions sans appel! D'ailleurs il a été souvent remarqué que, quoi qu'on fasse, malgré toutes les précautions, malgré toutes les astuces de l'homme, une ruche qui veut essaimer essaimera quand même, en dépit de la volonté humaine ; allez donc empêcher une femme enceinte et arrivée à son terme d'accoucher! Interdirez-vous à quelqu'un pressé d'un besoin naturel et urgent de se soulager! Les exigences de l'essaimage me paraissent dictées par un instinct aveugle et tyrannique auquel les abeilles ne font qu'obéir et qui n'en est, justement parce qu'on ne voit ni n'entend cet invisible «Maître de ballet», que plus irrésistible...
Tout ceci est une leçon d'humilité que nous donnent nos petits philosophes ailés ; ne contrarions pas trop la Sage Nature.
Donc, dans une ruche comportant 4 hausses, qui ne sera donc ni trop petite ni trop grande, on fera une bonne, une excellente récolte de une ou parfois deux hausses ; on replacera 2 hausses vides (ou une seule si l'on n a récolté qu'une seule hausse) qui, à la saison suivante, se rempliront de gâteaux ; on n'aura ainsi, lors de la pose des hausses, que 2 hausses à soulever ou 3 au grand maximum, ce qui sera très facile et, de plus, on donnera à la colonie ses chances raisonnables de réaliser un essaim, Voilà encore une remarque qui souligne que la ruche «procédé Izarra» respecte au mieux la Nature.
On pourra donc très bien se passer des paniers et les éliminer du rucher, en tant que pépinières à essaims ; ces paniers étaient destinés à servir de pépinières à essaims, mais avec la ruche l'procédé Izarra!' et surtout celle à 4 hausses (ni trop petite ni trop spacieuse non plus), ruche à rayons fixes comme la ruche en panier, à laquelle on laisse sa possibilité d'essaimer raisonnablement, on réunit dans la même ruche la ruche destinée à donner une récolte et la ruche destinée à faire une pépinière à essaims. Si l'on veut absolument (dans la mesure du possible remarquons-le bien) augmenter les chances de réaliser des essaims, on restreindra le plus possible la capacité des ruches «procédé Izarra» que l'on désire pousser à donner des essaims ; on pourra ainsi ne laisser que 3 hausses (voir que 2 hausses seulement) à telle ou telle ruche que l'on désire voir fournir un essaim.
Je livre ici une courte réflexion dont tout apiculteur pourra faire son profit.
Pourquoi récolter le miel au maximum ? Prélevons, certes, la quantité de miel qui nous est nécessaire, mais pourquoi exploiter jusqu'au maximum les réserves de miel contenues dans nos ruches ? Ce miel ainsi laissé dans les ruches n'est point perdu ; les abeilles pourront en avoir besoin, soit au cours des mois d'hiver, soit au printemps pour bien "démarrer" dans leurs premiers travaux ; on ne devrait pas être contraint de nourrir les ruches ; Si nous ne prélevons que notre strict nécessaire et laissons aux abeilles le maximum de réserves, nous ne serons point contraints de les nourrir D'ailleurs, ce miel laissé dans les ruches n'est point perdu ; au lieu de se trouver dans vos pots et seaux à miel, il est là, dans les alvéoles des gâteaux, bien gardé par des travailleuses qui n'en prélèveront que la quantité nécessaire et ne le gaspilleront pas ; ce miel non prélevé une année, vous pourrez fort bien le prélever l'année suivante et sa présence dans la ruche sera une garantie que vous ne serez point contraints de nourrir vos abeilles.
Au lieu de laisser la hausse à récolter toute la nuit devant l'entrée de la ruche, afin que les abeilles restant dans cette hausse puissent regagner leur ruche, on peut la ramener à la maison en vue de l'extraction vers 9 heures du soir ; les abeilles auront eu largement le temps de regagner leur ruche ; lorsque les abeilles tardent à quitter les gâteaux, c'est parce que ceux-ci contiennent encore un peu de couvain ; lorsqu'il y a du miel, les abeilles ne s'attardent pas sur les gâteaux.
Pour bien chasser les abeilles des hausses à récolter, bien les enfumer, dès l'ouverture de la ruche et également aussitôt après l'enlèvement des hausses à récolter ; pour cela, renverser la hausse à récolter sur le côté ; de cette façon, la fumée progresse plus aisément à travers la hausse, ce qui serait plus difficile si l'on gardait la hausse dans sa position debout, car la fumée chaude, étant plus légère que l'air, progresserait plus difficilement du haut vers le bas : s'il y a un peu de vent, disposer la hausse de façon à ce que le vent dirige la fumée, dans l'intérieur de la hausse ; disposer la hausse de façon à ce que la fumée sortante (et les abeilles qu'elle chasse) se dirige vers le trou de vol de la ruche récoltée. Je crois que c'est par routine que l'on ne pense pas à ce petit truc : renverser la hausse sur le côté de façon à ce que la fumée balaye plus aisément les abeilles et les chasse complètement.
Donc, nous résumons ce procédé de récolte :
(Je ne parle point ici des précautions évidentes qui consistent à éviter de répandre du miel, à poser la hausse à récolter sur une feuille de plastique étanche ou sur une feuille de zinc aux bords relevés sur les côtés, etc... Ce sont des précautions de récolte qui sont évidentes et que l'on trouve dans tous les traités d'apiculture).
Enlever le toit et le matelas protecteur contre le froid ; décoller les premières planchettes du plafond en commençant par celles de l'arrière ; pour cela, passer la lame d'un couteau qui séparera les planchettes des gâteaux qui y sont fixés, insuffler de la fumée, continuer à décoller les planchettes du plafond ; les abeilles ayant été refoulées par la fumée vers le bas, dans la hausse inférieure, procéder à la section des gâteaux.
C'est un procédé on ne peut plus simple, suggéré par mon fils Diego, 16 ans, auquel je tiens à conserver la paternité de cette utile petite trouvaille. Passer une lame de couteau suffisamment longue (40 cm) pour pouvoir atteindre toute la largeur de la hausse. Notons toutefois que la lame de ce couteau n'a point besoin d'avoir une longueur de 40 cm pour être efficace ; avec une lame de 25 cm de longueur, on arrive aisément à couper les gâteaux en les découpant tout autour de la hausse.
Ces opérations terminées, il ne reste plus qu'à enlever la hausse ainsi séparée de la hausse qui Lui est sous-jacente, avec toutes les précautions pour éviter de répandre du miel ; les hausses pleines de gâteaux ayant été enlevées, replacer les planchettes du plafond, la toile les recouvrant, le matelas protecteur contre le froid et enfin la couverture.
La ruche était composée de 4 hausses ; 2 hausses ont été enlevées pleines de miel (ou une seule); il reste 2 hausses (ou bien 3 hausses) sous lesquelles, quand on voudra, (à n'importe quel moment, dès la récolte terminée, ou en mai) on glissera 2 (ou une) hausses en vue de la prochaine récolte ; je préfère placer les hausses vides dès la récolte finie, car ainsi on a toujours des chances que les abeilles, en arrière-saison, remplissent encore ces hausses d'un peu de miel ; (en fin d'année, en septembre et octobre, le lierre fleurit et donne nectar et pollen) ; de plus, les gâteaux seront éloignés des perturbations du vent s'engouffrant par l'entrée et seront protégés d'autant du froid ; en hiver il n'y a bien entendu aucun risque de pillage à craindre ; en été non plus, car une abeille hésite à pénétrer dans une ouverture dépourvue de lumière ; d'ailleurs, comme je l'ai toujours constaté sur mes ruches «procédé Izarra», (l'abbé Warré , sur ses Ruches Populaires, au cours de ses expériences étalées sur de nombreuses années, n'a jamais constaté de pillage), malgré la pose précoce des hausses vides sous les hausses pleines de gâteaux, il y a toujours des abeilles à l'entrée de la ruche ; n'ayons donc pas de crainte à ce sujet ; les ruches «procédé Izarra» sont toujours bien gardées!
Pour l'hivernage il est bon de renforcer le calorifugeage des ruches, même si par ailleurs elles sont très bien conçues dans ce sens : les recouvrir et les entourer de toile cirée ou de sacs de plastique, après avoir préalablement mis sur le matelas protecteur contre le froid déjà préexistant une couche supplémentaire de papier-journal alternant avec des morceaux de toile ou de laine ou de vieux habits, couche supplémentaire débordant le plus largement possible sur les côtés ; serrer ce matelas protecteur avec de la ficelle.
La récolte effectuée, il ne faut pas tomber dans l'erreur fréquente qui consiste à "faire nettoyer les rayons par les abeilles", en laissant ceux-ci au dehors ; ce sont les abeilles des voisins, en effet, qui profiteraient de l'aubaine ; peut me chaut d'être taxé d'égoïsme, tant qu'à nourrir les abeilles des voisins, je préfère laver mes débris de gâteaux à l'eau, l'eau de lavage servant à faire de l'hydromel ; quant à la cire qui résulte de ces opérations, une fois épurée par les méthodes connues de tous, (ébullition avec de l'eau, tamisage des impuretés dans une passoire ou un sac), elle me sert à confectionner d'excellentes chandelles. L'apiculture menée avec la ruche «procédé Izarra» est donc une apiculture TOTALE : on récolte, par les vieilles méthodes artisanales, non seulement un miel naturel et sain, mais aussi de la cire, sans compter l'hydromel, ce divin nectar, boisson de nos ancêtres Gaulois. Ici, je passe la plume aux poètes et poétesses, pour qu'ils chantent la gloire de cette boisson divine!
Ce procédé évite d'avoir à rajouter des sels nutritifs au mélange miel-eau-levure de bière ; il m'a été rapporté par le docteur Maurice Mathis et rejoint très certainement l'antique procédé de fabrication de l'hydromel de nos ancêtres.
En plus du mélange habituel miel-eau-levure de bière (dans les proportions adéquates données par les traités d'apiculture), écraser un peu de couvain et même d'abeilles, couvain et abeilles écrasés que l'on introduit dans le mélange miel-eau-levure de bière ; les levures de fermentation trouveront ainsi, dans le couvain et les abeilles écrasés, tous les éléments nutritifs nécessaires à leur bon développement. Après dégustation de l'hydromel ainsi obtenu, (la fermentation dure deux mois), qui s'est révélé être un nectar capiteux, on peut supposer que l'arôme, le bouquet, en un mot ‘l'âme! capiteuse et enivrante de ce nectar, sont le résultat de la formation, au sein du mélange miel-eau-levure de bière-couvain et abeilles écrasés, d'éthers-sels résultant de la combinaison chimique des produits complexes contenus dans le corps des abeilles et des larves avec le miel fermenté.