CRÉATION D'UN VERGER EN «BOUCHÉ-THOMAS»

« Un arbre qu'on a planté
est un ami. »
Gabriel Viaud

ÉTUDE DU CLIMAT ET DU SOL

Nous aurions beau disposer de plants de choix, condition première de succès, exécuter à la perfection la plantation, distribuer harmonieusement la sève sans violence ni torture, incliner à temps et de la bonne façon les branches en respectant l'œil terminal, appliquer de judicieux traitements, faire des apports d'engrais, que sais-je encore ? nous aurions beau tout faire très bien... pourtant tout cela ne servirait de rien si, avant d'entreprendre, nous n'avions examiné d'abord très sérieusement et le climat, et le sol, et le sous-sol, qui doivent fournir à nos arbres, leur vie durant, cette ambiance favorable et cette sève généreuse, conditions de rapides et abondantes récoltes en fruits de qualité.

C'est dire le soin qu il faut apporter à choisir l'emplacement du futur verger, à étudier son climat et son micro-climat, cette atmosphère qui baignera feuilles et fruits.

Nous savons qu'un rideau de grands arbres brise les vents, froids ou violents, nuisibles à la fécondation ou qui provoquent la chute des fruits ; que les vergers plantés sur une pente échappent le plus souvent aux gelées, tandis qu'ils y sont exposés dans les bas-fonds ou les cuvettes, proie facile pour les maladies cryptogamiques. Le climat est donc un facteur de toute première importance, et s'il y a des contrées privilégiées, il en est aussi où la culture fruitière serait ruineuse.

Comment juger d'un climat ? Voici une méthode bien simple et qui m'a toujours réussi : à chaque fois, je me suis enquis, avant de décider d'une plantation, du sentiment des « bonnes gens » du pays, de ces terriens qui, depuis plusieurs générations, ont vécu et cultivé dans la région. Ils en savent long sur ce qui vient ou ne vient pas « dans le pays », sur les coups de vent néfastes, les risques de gelée, les essais tentés et les résultats obtenus... La rencontre aussi de quelques arbres fruitiers dans le voisinage du champ destiné à recevoir la plantation fournit une indication très précieuse.

Vient ensuite l'examen du sol et du sous-sol. N'a-t-on pas dit qu'ils étaient la « demeure et la table de l'arbre » ? Mal nourri, mal logé, peut-on bien vivre ?

Remarquons d'abord qu'avec la Méthode bouché-thomas, l'étude du sous-sol est plus importante que celle du sol, de la terre arable, travaillée par les instruments ; et pour cause nos arbres se constituant par l'affranchissement un système radiculaire plongeant, le sous-sol jouera le rôle majeur dans la nutrition des arbres ; sa connaissance sera donc d'autant plus importante que la couche de sol arable sera plus mince. La qualité primordiale d'un sous-sol, c'est sa perméabilité : imperméable, il est impropre à la culture fruitière, car, tôt ou tard, l'asphyxie amènerait le dépérissement, puis la mort du verger[1].

Par conséquent, avant toute plantation, avant même l'analyse physique et chimique des sol et sous-sol, n'hésitons pas à ouvrir une large tranchée, creusons profondément, jusqu'à plus d'un mètre si nécessaire, pour examiner s'il n'existe pas, à une certaine profondeur, un banc d'argile imperméable qui compromettrait la longévité de la plantation: dans ce cas, un seul remède : le drainage. (voir ici).

Prélevons ensuite séparément un kilo de terre de surface et autant de sous-sol, pour les confier à un laboratoire qui en fera l'analyse physique et chimique. Précisons qu'il s'agit d'une analyse à faire en vue d'une plantation fruitière, ce qui lui permettra de dresser le bilan des qualités et des défauts physiques et chimiques de ces deux terres et d'indiquer à la fois les amendements qui s'imposent pour corriger et équilibrer les éléments nécessaires à la parfaite nutrition des arbres et les améliorations physiques à leur apporter pour en tirer le rendement maximum.

Cependant, si ces amendements et améliorations devaient entraîner des frais par trop considérables, la simple logique commanderait la recherche de terrains plus favorables ou mieux situés, faute desquels mieux vaudrait simplement renoncer à la culture fruitière, l'exploitation cessant d'être rentable si les dépenses de premier établissement handicapent trop le planteur.

Ainsi renseigné, le praticien chargé de la plantation du verger pourra, en parfaite connaissance de cause, déterminer les essences, choisir les variétés et préciser les distances de plantation.

CHOIX DES VARIÉTÉS

Le choix des variétés, d'une importance capitale pour la rentabilité d'un verger, n'est pas aussi simple qu'on pourrait le supposer. Il ne se fait point sur la seule lecture d'un catalogue, même luxueusement édité : sur le papier, tout est beau et les descriptions alléchantes. Mais il y a loin de la réclame à la récolte, du rêve à la réalité ; car si telle variété, sous tel climat, assure d'excellentes récoltes, dans telle autre région, sous tel autre climat, elle pourra n'en donner que de pitoyables : « Vérité en deçà des Pyrénées, navet au delà ! »

Pour obtenir qualité, coloration, conservation des fruits, en même temps qu'un rendement suffisant à l'hectare, il est indispensable de ne pas faire fi de certaines conditions. Nous devrions, pour le choix de nos variétés, adopter les règles suivantes :

Le choix des variétés demande donc un examen sérieux, si l'on veut tirer de son sol le maximum de rendement à l'hectare, en qualité comme en quantité, pour le minimum de soins et de temps ; examen d'autant plus nécessaire qu'avec le bouché-thomas, une production précoce et abondante est indispensable pour calmer la vigueur naissante de ses arbres affranchis. Notre double documentation, reçue du laboratoire et recueillie auprès des gens du pays, nous permettra d'en décider en connaissance de cause.

On parle couramment de variétés classées « nationales » et d'autres dites « locales ». Les-quelles choisir ? Notre premier mouvement serait d'opter pour celles-là, abondamment décrites et vantées dans catalogues et revues. Assurément, si nous avons le sol, et surtout le climat, capables de nous garantir des récoltes de qualité, fussent-elles de tonnage moyen (20 à 30 tonnes à l'hectare), nous voilà assurés d'en tirer un prix rémunérateur, parce que ces variétés sont très cotées et très demandées sur tous les marchés.

Mais, si nous ne réunissons pas les conditions requises pour obtenir des fruits de grande classe avec les variétés « nationales », et cela est plus fréquent qu'on ne le soupçonne, j'estime qu'il est préférable de nous tourner alors vers les bonnes variétés « locales », ces enfants chéris d'une région, parce qu'admirablement adaptées au climat et au sol qui les ont vu naître, à leur « terroir », elles y ont fait leurs preuves, et qu'un tonnage élevé en permettra la vente assurée à un prix accessible aux bourses moyennes, les plus nombreuses.

Ce qu'il faut alors rechercher, c'est l'amélioration, en qualité et volume, de ces fruits locaux : heureux résultat que la Méthode bouché-thomasse flatte d'obtenir, grâce à l'affranchissement de ses arbres et à leur rajeunissement systématique. (voir ici).

Ainsi cultivées, de nombreuses variétés « locales » supplanteront, nous en sommes persuadés, certaines variétés « nationales » et, à plus forte raison, les fruits étrangers. Quelle sont, après tout, les véritables qualités des pommes américaines qu'on nous offre avec force réclame tapageuse ? Non pas précisément les qualités gustatives, mais plutôt leur aptitude au transport et à la conservation : cela suffit-il ? Si les Américains sont « peu exigeants sur le chapitre de la bouche », nous, Français, nous devons nous attacher à la qualité, et nous montrer difficiles sous ce rapport. C'est par sa classe que s'imposera sur les marchés du monde le fruit de France, celui-là surtout de l'arbre mené en bouché-thomas qui, grâce à l'affranchissement et au rajeunissement, acquerra en sus de sa finesse native, les trois qualités commerciales : calibre, coloris, conservation, qui ont fait le succès des pommes d'Outre-Atlantique.

Un dirigisme intelligent, désintéressé, devrait guider les planteurs dans leur choix. Telle région devrait produire de préférence telle variété, parce qu'elle y acquiert le maximum de qualité et des rendements moyens importants; et telle autre région, telle autre variété : il y aurait ainsi production échelonnée de bons fruits dans notre pays, à climats et à sols si divers. Il ne manque pas, « chez nous », d'excellentes variétés, « nationales » ou « locales », susceptibles de concourir à cet étagement d'une production de haute qualité.

L'ASSOCIATION des amis du bouché-thomas (voir ici), avec ses groupements régionaux, s'y emploiera ; grâce aux observations de ses membres, elle pourra conseiller judicieusement les planteurs qui lui feront confiance : chaque variété sera ainsi à sa place, pour le plus grand profit du producteur et du consommateur, l'un n'allant pas sans l'autre.

En définitive, c'est ce dernier qui impose sa loi : il désire du fruit sain, de calibre moyen, et surtout d'un prix abordable ; et, à la coloration, qui n'est certes pas a dédaigner, il préférera néanmoins le goût. De sorte qu'après avoir mangé d'un fruit, il faut qu'il puisse dire : « J'en mangerais bien volontiers un autre ! »

Voilà le seul bon moyen d'augmenter la consommation des fruits dans le monde.

PLANTATION

ÉPOQUE DE PLANTATION

On s'imagine communément qu'une plantation hâtive favorise la reprise. Si cela est exact dans les sols légers, siliceux, cela s'avère en revanche faux dans les sols accusant une teneur en argile un peu élevée (20 à 30 %). L'argile absorbe l'eau, indispensable à la plante, mais assez lentement : ce défaut est d'ailleurs facilement corrigé par des sous-solages qui, de surcroît, l'aèrent et facilitent son réchauffement ; en contre-partie, elle retient durant l'été une forte dose d'humidité, précieuse pour une végétation soutenue, et fixe les matières nutritives. Si donc, dans un sol argileux, nous plantions à la Sainte-Catherine où, dit-on, « tout bois prend racine », le sol, battu tout l'hiver par les pluies et le vent, se plombe ; quand la végétation se réveillera au printemps, les tendres radicelles de nos jeunes plants auraient peine à se frayer un passage au travers du sol durci. Mais, si notre plantation est effectuée à la fin de l'hiver, le sol, de nouveau remué a l'emplacement de chaque arbre, leur assurera air, chaleur, humidité, conditions d'une bonne végétation ; grâce à cette mise en place tardive, les jeunes racines auront tôt fait de prendre possession et d'explorer un sol qui se sera réchauffé plus vite, gage d'un beau développement et, dès l'année suivante, si les conditions atmosphériques sont favorables, d'une récolte, modeste sans doute, mais réconfortante.

PRÉPARATION DU TERRAIN

Nos jeunes scions vont donc prendre possession définitive du sol, pour la vie : c'est dire l'importance de la préparation de leur demeure.

Il va de soi que le terrain destiné au verger a été au préalable soigneusement débarrassé des herbes envahissantes : chiendent, liseron, etc. car, les arbres une fois plantés, il nous serait très difficile de nous en rendre maîtres.

Si, par suite d'un sous-sol imperméable, le plan d'eau remontait trop près de la surface, il nous faudrait, c'est clair, assainir d'abord le terrain par un réseau de fossés et de rigoles, le drainer complètement au besoin : les flaques d'eau qui séjournent longtemps à la surface après les grandes pluies sont souvent un indice qu'il ne faut pas négliger. Sinon ce serait pour nos arbres la mort à brève échéance par asphyxie de leurs racines.

Défoncement

La première opération s'appelle communément « défoncement ». Défoncer, c'est remuer le sol en profondeur. À l'ordinaire, on se contente de retourner une mince couche de terre : c'est insuffisant pour une plantation d'arbres fruitiers, dont le système radiculaire ira chercher profond sa nourriture.

Mais une remarque s'impose, importante : remuer ne veut pas dire bousculer, bouleverser les sols. Le sol doit rester en surface ; le sous-sol, comme l'indique son nom, doit, lui, rester sous le sol, surtout s'il contient de l'argile, fût-ce en proportion moyenne. Car si nous avions ramené de l'argile en surface au moment du défoncement, comment pourrions-nous par la suite travailler facilement, économiquement notre terrain ? Intervertir sol et sous-sol, c'est donc faire bien mauvaise besogne : on oublie trop souvent que sol et sous-sol ont chacun sa vie propre, chacun sa fonction, ses bactéries, ses micro-organismes ; les différentes couches doivent donc garder chacune sa place respective.

On s'adressera, pour ce travail de défoncement, à la traction soit mécanique, soit animale. Si nous pouvons disposer d'un tracteur de forte puissance, nous retournerons le sol sur une profondeur moyenne de 40 à 50 centimètres : c'est largement suffisant. Mais si nous rencontrons le sous-sol à 30 centimètres, nous ne labourerons qu'à cette profondeur, pour repasser ensuite dans le même sillon, avec une sous-soleuse, qui remuera le sous-sol sur place.

Si nous avions recours à la traction animale, nous utiliserions un brabant, dont on a remplacé un des socs par une fouilleuse : on passe d'abord avec le soc muni du versoir, qui retournera la terre, puis, après avoir renversé le brabant, avec la fouilleuse dans le fond du sillon, et ici encore le sous-sol restera en place.

Ce travail de défoncement doit se faire à l'automne, avant les grandes pluies. Défoncer un sol gorgé d'eau, il est à peine besoin de le rappeler, c'est le rendre impropre à toute culture pour plusieurs années.

Nous profiterons de ce défoncement pour incorporer la fumure prescrite par le laboratoire qui a effectué l'analyse du sol, sans forcer les doses ni apporter d'autres engrais, sous prétexte de donner aux arbres une végétation plus belle ; exception faite pour les engrais à décomposition lente, comme rognures de cuir, déchets de laine, vieille corne, etc. Il est à peine besoin d'insister ici sur le rôle primordial que doit jouer, dans nos vergers, l'humus précieux et sa source de choix : notre bon vieux fumier de ferme. Apporter trop d'engrais chimiques à assimilation rapide serait commettre une grave erreur, quand on pratique l'affranchissement, source économique de vigueur ; ce serait aussi gaspiller de l'argent, car un jeune arbre n'a besoin de nourriture que dans la mesure où son système radiculaire, peu développé et qui n'a encore pris possession que d'un petit volume de terre, est capable de l'assimiler : c'est lorsque sa production s'accroîtra qu'il aura besoin de soutien. (voir ici)

Le sol ainsi défoncé, en grosses mottes, à l'automne, subira tout l'hiver l'influence bienfaisante des intempéries : vent, pluie, gel, et se tassera lentement.

Il existe un autre moyen d'assouplir et de remuer les sols sans les bouleverser : le défoncement à l'explosif agricole. Mais tous les terrains ne s'y prêtent pas, et il faut choisir son moment. Dans un sol rocheux, perméable, fort bien. Mais dans un sol argileux, c'est le désastre s'il n'est pas, a ce moment, très sec; car la déflagration durcirait les parois de la cavité d'explosion, l'eau séjournerait ensuite dans la poche, amenant l'asphyxie des racines. Il est donc indispensable que ce travail soit fait à l'époque de l'année où la terre est la plus sèche. Puis nous laisserons au tassement tout le temps de se faire.

Ameublissement

L'autre préparation du terrain se fera à l'approche des premiers beaux jours : il s'agit maintenant de se créer une réserve de bonne terre de surface, finement divisée, pour combler les trous de plantation.

Voici la terre ressuyée, à la suite d'une période sans pluie, et le soleil semble vouloir nous encourager : passons et repassons avec une canadienne, une herse, un cultivateur à dents vibrantes ou, mieux encore, un pulvériseur à disques ou une fraise rotative : la plantation sera plus facile, plus rapide, et la réussite plus complète, si ce travail préliminaire a été bien conduit. Selon le personnel dont nous disposons et l'urgence de la plantation, nous ferons ce travail sur toute l'étendue du terrain, ou seulement sur des bandes couvrant les futures lignes d'arbres remettant alors à meilleur moment l'ameublissement des interlignes.

Cette double préparation du sol, grossière et en profondeur avant les pluies d'automne, plus fine et en surface à la fin de l'hiver après les pluies, quelques jours avant la plantation, permettra de procéder dans de bonnes conditions à la mise en place des jeunes plants dont la vie va commencer.

Débuter ainsi, c'est aller au succès, car le sol est le garde-manger des arbres. Tout est prêt pour des récoltes soutenues et abondantes.

ORIENTATION DE LA PLANTATION

Nous orienterons, dans la mesure du possible, nos lignes d'arbres du Nord au Sud[2], pour assurer à leurs deux faces un ensoleillement maximum égal et uniforme, du printemps, moment délicat de la floraison, à l'automne où les fruits se colorent : le soleil joue en effet un rôle majeur dans la santé de nos arbres, la coloration et la qualité de leurs fruits.

Lorsque la violence des grands vents est à redouter, il sera préférable d'y dérober les lignes en les orientant dans le sens où ils soufflent, pour n'avoir pas à déplorer leur ébranlement ou la chute prématurée des fruits. On pourrait aussi prévoir des lignes d'arbres brise-vent, constituées par des essences résineuses ou des arbrisseaux à végétation compacte et à racines plutôt pivotantes, pour que celles-ci ne viennent pas concurrencer les arbres du verger : peut-être pourrait-on ainsi respecter l'orientation Nord-Sud ; encore serait-il alors bon, lorsque les arbres fruitiers atteindront un mètre de hauteur, de les renforcer par un fil de fer, qui accroîtra leur résistance aux coups de vent.

DISTANCES DE PLANTATION

Il ne peut y avoir de distances « standard » : à chaque variété il faut donner, suivant le terrain, la possibilité d'étaler sa vigueur native. Nous pouvons déjà nous faire une idée, par ce que nous savons de leur développement en d'autres vergers, de la vigueur moyenne des variétés que avons choisies. L'analyse du sol, fournie par le laboratoire, va nous permettre maintenant de serrer le problème de plus près et de supputer la vigueur probable et le comportement de ces variétés dans notre terrain, sol et sous-sol ; il nous sera alors facile de décider des intervalles entre les rangs et des écartements sur le rang, en voyant plutôt un peu grand afin de se ménager, pour les premiers surtout, une marge de sécurité.

Si notre Système recherche la vigueur de l'affranchissement, ce n'est évidemment pas pour la comprimer ensuite à coups de sécateur, mais pour la laisser, par le respect de l'œil terminal, s'exprimer librement.

Dans les plantations trop denses, (et coûteuses) préconisées par d'autres méthodes (ni le tonnage ni la qualité des récoltes n'en sont augmentés), l'enchevêtrement excessif des branches est inévitable, imposant l'intervention, durant l'été, d'une main-d'œuvre qualifié pour éclaircir le fouillis de bourgeons qu'ont fait naître des positions de déséquilibre comme l'arcure, et la suppression inconsidérée de l'œil terminal : jamais en effet, sans ces pincements et cette taille en vert, le soleil ne pourrait accomplir son rôle bienfaisant sur les feuilles, les rameaux et les fruits. N'a-t-on pas écrit que « là où le soleil entre, la maladie n'entre pas ».

Rien ne vaudra jamais l'aération naturelle et l'ensoleillement des plantations à grand écartement. Car, aérer à coups de sécateur, c'est brusquer la nature, c'est exposer brutalement aux rayons du soleil des organes ombragés jusqu'alors et demeurés tendres : cela ne se fait pas sans provoquer des troubles dans la vie des bourgeons et des fruits ; les brûlures viennent parfois comme pour nous les montrer du doigt ; c'est aussi l'arrêt du grossissement des fruits, après la taille sévère des bourgeons en surnombre : supprimer des feuilles, c'est appauvrir la nutrition diminuer dans la même mesure le calibre et la qualité des fruits[3] et compromettre la résistance de l'arbre aux maladie.

Les plantations trop rapprochées ne provoquent-elles pas en outre l'enchevêtrement des racines, plus grave encore que celui des rameaux ! Et nul élagage n'est possible sous terre. Cette concurrence souterraine épuise rapidement les éléments nutritifs du sol, comment dans ces conditions, nourrir convenablement et économiquement branches et fruits.

Prévoyons donc de larges distances, sans tomber pour autant dans l'excès : il ne faut pas gaspiller de terrain, en perdre fût-ce un mètre carré. C'est ce que permet précisément notre Méthode, avantage précieux pour la petite propriété française.

Une variété à bois érigé peut être plantée sans inconvénient plus rapprochée qu'une variété à bois retombant. Ces dernières, comme la Beurré Giffard pour le poirier, la Reinette du Mans pour le pommier, réclament une augmentation de distance, surtout entre les rangs, car il ne faut pas contrarier leur végétation naturelle, et peut-être, pour soutenir celle-ci, pourrons-nous prévoir un rang de fil de fer à un mètre du sol (ce qui n'est pas indispensable).

D'une manière générale, à égalité de surface allouée à chaque arbre, nous préférons augmenter l'intervalle entre les rangs, quittes à réduire leur écartement sur le rang ; le passage des instruments et des charrois en sera facilité.

Voici les distances moyennes à adopter, suivant la richesse des sols, la vigueur et le port des variétés :

Intervalle entre les rangs Écartement sur le rang Densité de plantation à l'hectare
Poirier 2 mètres à 3 mètres 1,50 m à 2,50 m 1 333 à 3 333
Pommier 3 mètres à 4 mètres 2 mètres à 4 mètres 625 à 1 666

Qu'un principe nous guide dans nos prévisions :

«MIEUX VAUT DEVOIR L'AÉRATION

À DE LARGES DISTANCES

QU'AU SÉCATEUR! »

Fleuron

JALONNEMENT

Le bouché-thomas authentique se compose d'arbres, plantés en ligne droite, à une certaine distance les uns des autres, dont les branches sont, sur une certaine épaisseur[4], étalées obliquement en rideau à droite et à gauche du tronc, dans le sens du rang. Un ensemble de rangées parallèles et équidistantes d'arbres ainsi agencés constitue un verger en bouché-thomas[5].

Les divers instruments de travail ou de transport devant pouvoir évoluer librement entre ces lignes et passer aisément de l'une à l'autre, les arbres de bout de ligne devront être plantés à une certaine distance de la lisière du champ, de manière à réserver, parallèlement à celle-ci, un chemin de service (appelé, selon les régions, fourrière ou chaintre ), large d'environ 5 mètres, ou les instruments puissent circuler et faire demi-tour.

La végétation des arbres ne devant pas, avec le temps, empiéter sur ce chemin (ce qui aurait pour effet de le rétrécir) il nous faudra, lors du calcul des emplacements des scions de bout de rang, ajouter à la largeur de la fourrière (5 mètres) celle du débordement prévu de la végétation, soit : au moins la moitié de la distance adoptée entre les arbres sur le rang, puisque e s branches s'étalent, par parties égales, à droite et à gauche du tronc (fig. 59).

CHAMP RÉGULIER

Supposons un champ rectangulaire (fig. 57), dont les petits côtés regardent l'un le Nord, l'autre le Sud : nous orienterons nos lignes dans le sens de la longueur afin de faire bénéficier d'un ensoleillement parfaitement équilibré les deux faces de nos rideaux d'arbres ; de plus, en établissant nos chemins de service en bouts de rectangle, nous en réduisons la longueur au minimum : d'où économie de terrain.

Cuve.
Figure 57 : Champ rectangulaire.

Cette disposition schématique et de principe sera, dans son application concrète, transposée en tenant compte des différents facteurs entrant en jeu : forme et orientation du terrain, sens de la pente, direction des vents dominants, etc… (Voir schéma 58.) S'il s'agit d'une surface de plusieurs hectares, nous pourrions même établir les lignes non plus en longueur, mais selon la largeur, si leur orientation doit en être améliorée, ou encore prévoir, de loin en loin, des chemins transversaux, afin de les découper en tronçons de 100 mètres environ, de plus grandes longueurs continues pouvant constituer pour les travaux futurs une gêne plutôt qu'un avantage.

Nous aurons donc, en lisières Nord et Sud de notre champ, un chemin de 5 mètres de large, sur le bord intérieur desquels nous repérerons les points de départ de nos lignes d'arbres, les intervalles entre les rangs étant égaux. Ce repérage sera établi avec des jalons de moyenne grosseur, d'un mètre environ hors-terre, blanchis à la chaux si possible, pour les rendre plus visibles de loin et les bien distinguer des baguettes qui marqueront l'espacement des scions sur le rang.

CHAMP IRRÉGULIER

Si la pièce à planter était irrégulière, et c'est assez fréquent, nous réserverons tout d'abord les chaintres ou fourrières, en déterminant leur tracé intérieur, qui épousera approximativement, avec un retrait de 5 mètres, le pourtour du champ.

Nous déciderons ensuite de l'orientation des rangs, compte tenu de la configuration générale du terrain, de sa pente et de son exposition, du vent dominant, etc.

Cuve.
Figure 58 : Champ irrégulier.

Cette orientation sera concrétisée sur le sol par un cordeau[6], tendu en travers du terrain du point A au point B (fig. 58), le long duquel nous placerons notre équerre d'arpenteur successivement aux points C puis D, d'où nous élèverons, vers la droite et vers la gauche, des perpendiculaires, aussitôt représentées, elles aussi, par de nouveaux cordeaux : E-F et G-H, qui couperont le cordeau A-B en C et D.

À l'aide de jalons blancs, repérons maintenant, sur ces cordeaux perpendiculaires E-F et G-H, les points de passage, aux intervalles réguliers prévus, des lignes de plantation parallèles et équidistantes, la ligne A-B, prise elle-même pour un rang, servant de base de départ pour ces piquetages.

Nous déterminons ainsi sur la ligne E-F les points b, e, d... puis q, r, etc... et, sur G-H les points correspondants : b', c', d'..., puis q', r', etc..., qu'il ne nous reste plus qu'à joindre deux à deux et à prolonger jusqu'aux fourrières pour obtenir le tracé complet de l'ensemble de nos futures lignes d'arbres.

Ce jalonnement s'exécutera ainsi : un cordeau bien tendu relie les jalons blancs qui, reportés à la lisière intérieure de la fourrière, de b et b' en 1 et 1', de c et c' en 2 et 2', etc., serviront désormais à repérer l'extrémité des rangs.

Sur les lignes de plantation ainsi définies : A-B, 1-1', etc., un jalonnement ultérieur précisera remplacement des arbres sur le rang. Ce piquetage pourra se faire à l'aide de baguettes d'environ 80 centimètres, enfoncées bien verticalement à mi-longueur. Il aura pu suffire d'en préparer le nombre voulu pour le balisage des deux premiers rangs car, à mesure de la mise en place des scions, ils deviendront disponibles pour le piquetage des rangs suivants.

Les scions de bouts de rangs ne devant pas déborder dans la fourrière, les baguettes qui marquent leurs emplacements seront placées les premières, en retrait des jalons blancs A et A', (fig. 59), etc. d'au moins la moitié de l'écartement prévu entre arbres sur le rang (soit 1,25 m dans l'exemple choisi); lors de leur plantation ces scions d'extrémité seront inclinés vers la fourrière, pour rejeter vers l'intérieur les gourmands très vigoureux qui vont bientôt naître à leur base (fig. 60, 61 et 77), et diriger de même plus tard les pointes des scions, lorsque ayant rejoint les jalons blancs d'extrémité, on les y relèvera pour leur faire faire demi-tour.

Cuve.
Figure 59 : Schéma du piquetage.

Deux hommes, munis d'un lot suffisant de baguettes, prendront alors le départ, sur la même ligne, chacun d'un bout, marchant l'un vers l'autre pour se rencontrer vers le milieu du terrain, ils ficheront ces baguettes à mi-longueur, bien verticalement, à partir de celles qui marquent l'emplacement des scions d'extrémité, en les distançant selon l'écartement sur le rang prévu pour les arbres. Si, à leur point de rencontre, leurs marques tombent juste et se superposent, tout est bien ; s'il y a un décalage, en plus ou en moins, ils le résorberont en élargissant ou en resserrant un peu, selon le cas les marques précédentes, et ainsi l'espacement sur le rang sera sensiblement régulier : avec la méthode bouché-thomas, nous en sommes plus à l'alignement minutieux et en tous sens des plantations d'autrefois ; le seul alignement qui compte et doive être impeccable, c'est celui du rang, qui conditionne la facilité des travaux. Les quelques petites irrégularités de distance qui se présenteraient sur le rang vers le milieu du terrain ne modifieront en rien le rendement économique recherché.

Il ne s'agit en somme, que de s'entendre sur ce qu'est l'élégance. Pour nous ce qui donne à l'arbre son élégance, ce n'est pas sa forme, mais son FRUIT : il est

UNE ÉLÉGANCE QUI PAIE

La ligne ainsi jalonnée, faisons sauter le cordeau, les baguettes suffisant à assurer une plantation rapide et un alignement parfait sur le rang. Nous jalonnerons les lignes suivantes de la même façon, après avoir récupéré les baguettes des lignes déjà plantées.

TRAITEMENT DES SCIONS AVANT LEUR PLANTATION

Cette terre, source de vie, que nous avons déjà bien ameublie par deux fois et fertilisée par de judicieux apports d'engrais, sera de nouveau, pour la troisième fois, remuée, afin d'y placer les tendres racines de nos jeunes scions.

Disons-nous bien que toute une vie commence : ce n'est pas sur un cadavre que la terre tout à l'heure sera jetée, mais sur un être vivant, qui ne demande qu'à prospérer et à nous réjouir par de belles récoltes, à condition que nous venions à lui, de sa naissance à sa verte vieillesse, en amis, non en bourreaux.

Entre la déplantation du scion en pépinière et sa mise en place, que de souffrances parfois certains lui font subir !

Tout d'abord, déplanter n'est pas arracher : et pourtant, c'est trop souvent un arrachage qu'on pratique en pépinière ; d'où racines brisées, tissus meurtris ! On ne peut espérer de bons résultats avec des sujets si maltraités : il faut, sans hésiter, en refuser la livraison.

C'est ensuite un trop long séjour racines nues, à l'air, au soleil, au vent, quand ce n'est pas au gel. Trop souvent, nous mettons en terre, sans même nous en apercevoir, des plants à demi desséchés, faute de précautions ; c'est pourquoi nous condamnons ces ventes sur les foires et marchés, quand on n'y apporte pas les soins indispensables : l'arbre n'est pas un article de bazar ambulant.

Si, pour une raison quelconque, le terrain, n'était pas prêt lors de la livraison, plaçons-les sans tarder en jauge, racines recouvertes de terre, dans une tranchée où ils attendront sans fatigue le temps favorable.

Pendant là plantation, évitons l'exposition prolongée des scions à l'air libre : cela ne les prédispose pas à une reprise satisfaisante. Le moment venu, n'en apportons sur le terrain que le nombre nécessaire à une demi-journée de travail au plus, préservons-les du dessèchement, sous toile mouillée, de la paille ou des herbes, plaçons-les le long d'un talus, où ils seront à l'abri du vent, soustraits mieux encore aux rayons du soleil. Assurons-nous, chaque fois que nous quittons le chantier, même pour peu de temps, qu'aucun arbre ne reste en souffrance sur le terrain, racines à l'air.

Si nous avons su, avant la plantation, éviter à nos arbres toutes ces souffrances, nous pourrons faire avec confiance les gestes décisifs : « Défaut de soin (a-t-on dit avec raison) fait plus de mal que défaut de savoir ».

Nous allons d'abord rafraîchir avec un sécateur bien affûté et correctement ajusté, ou avec une serpette, l'extrémité des racines, brisées lors de la déplantation, et supprimer jusqu'à la partie saine les grosses racines meurtries à l'arrachage. La section doit en être faite de façon à ce que la coupe, une fois l'arbre en place, repose à plat sur le sol, pour y favoriser l'émission de nouvelles racines.

Que penser du pralinage : opération qui consiste à tremper, avant la plantation, les racines dans une bouillie épaisse d'argile et de bouse de vache délayée dans un peu d eau ? Il est indispensable pour les plantations tardives, préférées par la Méthode bouché-thomas : les racines et le bourrelet de greffe, recouverts par cette couche protectrice de matière grasse, gardent mieux leur fraîcheur durant les diverses manipulations de la plantation. De plus, les toutes jeunes et blanches radicelles trouveront à leur portée, dès leur sortie, un élément stimulant, nourrissant : un engrais. Ce bain vaut largement ceux qu'on a récemment préconises comme une panacée sous le nom de «bain d'hormones», dont le résultat le plus tangible est d'alléger le porte-monnaie. La nature donne aux arbres tout ce qu'il leur faut pour une rapide et vigoureuse reprise, avec une largesse qui nous dispense du recours à des produits fabriqués.

Pour les plantations d'automne, ce pralinage à la bouse de vache n'offre aucun intérêt et peut donc être omis sans nuire à la reprise, les pluies d'hiver ayant vite dilué et entraîne dans le sol cette bouillie qui enrobe le système radiculaire.

Tels sont les soins préliminaires indispensables pour une bonne plantation.

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Figure 60 : Bout de rang : Le scion est soutenu par un piquet ; son prolongement et toutes les branches sont rejetés vers l'intérieur.

MISE EN PLACE DES SCIONS

À l'exception de ceux d'extrémité de ligne, dont nous avons déjà précisé la position, rejetée vers l'extérieur du terrain, les scions sont plantés par groupes de deux, inclinés l'un vers l'autre à 30 degrés ; lorsque, par la suite, leur élongation l'aura permis, on les attachera l'un à l'autre, en arc-boutant au point de croisement, pour qu'ils s'apportent un mutuel appui[7] : nous obtenons ainsi, sans installation coûteuse de poteaux et de fil de fer, une forme basse, étirée en longueur, qui facilitera les travaux. Les jalons blancs d'extrémité qui délimitent la plantation soutiendront les scions de bout de rang, lorsque, par la suite, il faudra renverser leur direction première (fig. 60).

DISPOSITION DES TROUS

Les scions étant inclinés alternativement vers la droite et vers la gauche, il faut, pour que soient sauvegardées les distances prévues sur le rang, ouvrir de même les trous alternativement à droite et à gauche des baguettes (fig. 61) : scion n° 1 incliné vers l'extérieur du champ, trou à droite de la baguette a; scion n° 2, incliné vers le scion n° 3, trou à gauche de la baguette b; scion n° 3, incliné vers le scion n° 2, trou à droite de la baguette c ; et ainsi de suite.

Le dernier trou sera ouvert, à gauche de la dernière baguette x, de façon à pouvoir incliner le scion y vers l'extérieur du champ.

Cuve.
Figure 61 : Schéma : disposition des trous.

Tout ceci suppose que la ligne comporte un nombre pair de scions. Si le nombre en était impair, nous tournerions la difficulté en orientant dans le même sens vers la fourrière, les deux derniers scions (j, k, fig. 62) d'une des extrémités de la ligne : cette petite irrégularité disparaîtra bientôt, avec l'apparition du gourmand de base qui viendra épauler le scion isolé.

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Figure 62 : Schéma : disposition des trous

OUVERTURE DES TROUS

Pour opérer rapidement et sans erreur, notre équipe de deux hommes, qui a procédé au jalonnement des premiers rangs, se partagera le travail d'ouverture des trous : le premier ouvrira les trous impairs : a, c, e, g, i, … le second les trous pairs : b d f h i, ... : ils ouvriront donc chacun les trous de deux en deux, et toujours du même côté des baguettes : aucune erreur n'est ainsi possible ; ils n'iront pas, cette fois, à la rencontre l'un de l'autre, mais, à chaque ligne, partiront du même bout, afin de n'avoir pas de surprise si le nombre des trous était impair.

Schéma : disposition des trous..
Figure 63 : Schéma : disposition des trous.

Le sol ayant été préalablement défoncé et ameubli, il leur suffira de creuser un trou proportionné au système radiculaire à y loger : il est encore modeste pour des scions d'un an ; et d'ailleurs, les premières racines qui vont repercer sur ces jeunes plants pour les alimenter au départ apparaîtront, non pas sur le système radiculaire ancien, mais à leur collet même et sous le bourrelet de la greffe. Nous pouvons donc, puisque nous allons enterrer la greffe, raccourcir hardiment de moitié le système radiculaire ancien (non le chevelu) et nous contenter ainsi d'un trou de plantation de dimensions réduites, environ 30 centimètres au carré (fig. 63).

Recommandons bien à nos commis, avant de les mettre au travail, de ne pas culbuter les baguettes en ouvrant les trous, car elles doivent guider le planteur, qui ne les enlèvera qu'une fois le scion en place et bien aligné.

LE GESTE AUGUSTE DU PLANTEUR

Le planteur dispose alors le système radiculaire, la partie la plus fournie regardant le fond du trou[8] (fig. 63 et 65). D'une main, il tient fermement contre la baguette (fig. 63), dans l'alignement et le sens voulus, le scion, incliné à 30 degrés sur l'horizontale ; de l'autre, il ramène sur les racines, en s'aidant au besoin d'une petite griffe à manche court, de la terre fine qui glissera facilement entre elles ; celles-ci une fois couvertes, on complète le remplissage du trou pour égaliser le sol. On termine, en sol léger, par un discret tassement à la main, (jamais avec le pied), mais on s'en abstiendra en sols humides ou argileux, laissant la pesanteur et la pluie le parachever. Un arrosage n'est vraiment nécessaire qu'en cas de plantation extrêmement tardive ou en sols par trop secs.

En procédant ainsi méthodiquement, on s'économise les gestes inutiles et l'on peut, à quatre opérateurs, (deux pour l'ouverture des trous, le planteur et son aide qui apporte et lui présente les arbres), planter convenablement et sans fatigue près de 100 scions à l'heure.

Il n'est pas superflu d'insister sur deux points vraiment essentiels : la position des racines et l'enfouissement de la greffe.

Mieux qu'un texte, les deux photographies 64 et 65 feront comprendre comment disposer le système radiculaire.

Pour qu'un arbre puisse s'affranchir, il faut au moment de la plantation, enterrer sa greffe de 2 à 4 centimètres, en sol humide, de 6 à 10 en terre sèche : la tige étant inclinée se trouvera donc enfouie sur 10 à 20 centimètres de longueur : c'est plus qu'il n'en faut pour solliciter l'affranchissement ; et le système radiculaire ne se trouve pas, en définitive, enfoui plus profond que si le scion était planté vertical, greffe hors-terre : il a simplement basculé et ne court donc aucun risque d'asphyxie, Le sol n'ayant pas été creusé derrière la baguette, son niveau permettra de vérifier si la greffe a été suffisamment enfouie (fig. 63).

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Figure 64 : Ne faites pas ceci car les racines remontent vers la surface du sol. (La barre noire transversale indique le niveau du sol.)
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Figure 65 : Mais faites cela car le côté le plus fourni de la racine plonge vers la terre. La position des racines prime donc celle de la greffe. Remarquez bien que le système radiculaire, grâce à la position inclinée du scion, n'est pas, en définitive, enfoui plus profondément que si le scion était planté vertical, greffe hors-terre : aucun risque d'étouffement.

UTILISATION DES SCIONS RAMIFIÉS

Certaines variétés ramifient volontiers en pépinière. Lorsque nous rencontrons sur nos scions des rameaux anticipés bien venus, profitons-en hâter la formation de la charpente : nous placerons le scion de telle façon que le ou les rameaux conservés pointent vers le ciel, espacés d'environ 30 centimètres (fig. 67 à 70 et 84).

Mais ceci sous réserve, bien entendu, de respecter la position correcte du système radiculaire qui prime l'autre, les compromis possibles relevant de l'esprit d'observation et de l'habileté du planteur.

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Figure 66 : Pour vérifier l'angle de 30 degrés avec l'horizontale, plaçons verticalement sur le col, à un mètre du pied de l'arbre, une baguette de 57,7 cm : le scion doit affleurer son extrémité.

INCLINAISON DES SCIONS

Les scions peuvent être de force inégale, et leur longueur varier du simple au double.

Les plus forts seront donc inclinés tout de suite à 30 degrés sur l'horizontale ; mais les plus faibles, moins profondément, afin de favoriser leur élongation ; devenus plus forts, ils seront abaisses à leur tour, pour provoquer le départ du gourmand de base.

Et c'est tout au long de la vie de nos arbres que nous jouerons ainsi de la mobilité des obliques, pour régler selon la vigueur des jeunes rameaux, 1 intensité de la sève que nous voulons leur distribuer : si nous voulons obtenir à leur base des gourmands pour former la charpente, nous inclinerons davantage; s'il nous suffit d'assurer leur mise à fruits, nous pourrons nous contenter d'une inclinaison moins accentuée. Avec un peu de pratique, on en arrive à incliner correctement en procédant « au jugé »; dans les débuts on peut contrôler son travail, sachant qu'en terrain horizontal le scion sera correctement incliné si, à un mètre de sa sortie de terre, il atteint 57,6 centimètres, au-dessus du sol (fig. 66).

SOINS APRÈS LA PLANTATION

Une semaine environ après la plantation, un léger tassement du sol a pu s'amorcer : nous profiterons d'une période de beau temps et d'une terre ressuyée pour rectifier l'alignement des scions sur le rang, ainsi que leur inclinaison : une légère pression du pied vers la droite ou vers la gauche, et voilà l'alignement rétabli ; ramenons à l'oblique de 30 degrés les scions qui s'en seraient écartés, laissant encore un peu dressés ceux de peu de vigueur.

Nous vérifierons au passage les pointes de nos scions, qui peuvent avoir été cassées lors des manipulations de la plantation : rabattons-les, le cas échéant, sur un œil latéral inférieur bien constitué et bien placé qui, ainsi rendu terminal, en remplira le rôle et sera traité comme tel (se reporter ici).

Si nous avons planté à l'automne, protégeons nos scions contre les lapins et les lièvres, friands de tendres écorces, surtout par temps de neige : faute de grillage protecteur posé à demeure tour du verger, nous pouvons les entourer chacun d'un manchon de paille ; on travaille plus vite à deux : l'un prend une poignée de paille dans une botte qu'il traîne avec lui, la couche de toute sa longueur sur le scion, à partir du bas; son compagnon la fixe aux deux bouts avec notre fil «attache-fruitière », débités à l'avance en brins de 25 centimètres : on les récupérera au départ de la végétation, pour attacher par la suite les branches à leur points de croisement ; et la paille sera étalée au pied, en premier paillis qu'on complétera plus tard. On peut également écarter les rongeurs en badigeonnant les scions d'un lait de chaux additionné d'un produit de mauvais goût ou d'odeur repoussante, lysol ou autre ; mais il faut reconnaître que les pluies ont tôt fait de laver et d'emporter le produit qu'il faut renouveler. On peut encore se constituer une clôture économique avec une ficelle, imprégnée d'huile de poisson ou de foie de morue vétérinaire non désodorisées, tendue à 20 centimètres au-dessus du sol.

Dès l'apparition des fortes chaleurs, vers la fin d'avril, veillons aussi aux coups de soleil qui risquent de dessécher les jeunes écorces, surtout au ras du sol, là où la température se fait vite brûlante, alors que les feuilles ne sont encore ni assez nombreuses ni assez grandes pour faire écran efficace ; les scions inclinés vers le Nord, sur lesquels le soleil tape presque à la verticale, sont les plus exposés. Il est donc indispensable de les protéger en projetant vigoureusement sur la longueur du scion, à sa base surtout, un lait de chaux éteinte ou de blanc gélatineux, à l'aide d'un gros pinceau qu'on manie comme un goupillon.

À supposer que, malgré tous nos soins, nos scions aient subi des dommages irréparables, nous avons la certitude de voir jaillir, après recépage, sur la partie protégée par l'enfouissement de la greffe, des gourmands de remplacement.

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Figure 67 : Pommier : À la plantation, on se sert déjà des rameaux qui s'offrent pour établir la charpente et produire rapidement : avant.
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Figure 68 : Pommier : À la plantation, on se sert déjà des rameaux qui s'offrent pour établir la charpente et produire rapidement : après.
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Figure 69 : Poirier : Les rameaux non utilisés ont été supprimés sur empattement (Voir fig. 73 et 74.) : avant.
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Figure 70 : Poirier : Les rameaux non utilisés ont été supprimés sur empattement (Voir fig. 73 et 74.) : après.

L'ENFOUISSEMENT DE LA GREFFE A DU BON!


[1] Nous avons assisté, en 1953 après un hiver abondamment et tardivement pluvieux, à une importante mortalité de jeunes vergers de poiriers, également, le bas des lignes d'une plantation de pommiers de trois ans ; parce que les sous-cols gardaient l'eau.
Le printemps ayant été particulièrement chaud, le chancre « papyracé» trouvant son climat (chaleur et humidité) s'est développé rapidement.
En 1950, hiver tardivement pluvieux également, dans le Bordelais, une jeune plantation de pêchers fut en partie anéantie parce que l'on ne s'était pas soucié du plan d'eau souterrain qui, traîtreusement, fit ses ravages. Une simple rigole creusée à 0,60 m, eût sauvé cette plantation.

[2] On pourrait également orienter N-NE, S-SO, afin d'équilibrer non plus l'ensoleillement, mais l'insolation.

[3] «Les pratiques culturales qui accroissent la surface foliaire » (et c'est bien ce à quoi tend la Méthode bouché-thomas ) « sont recommandables, puisqu'elles déterminent un rendement élevé de fruits d'un calibre supérieur. » (V. C. n° 464, juin 1949, p. 195.)
«On a observé que le poids des fruits était proportionnel au nombre des feuilles : encore faut-il que celles-ci puissent fonctionner à plein. » (Rebour : La taille des arbres fruitiers, 1945, p. 248.)
«Seul un feuillage abondant et foncé est à même de produire des fruits de qualité. » (G. Rawitscher : Les sources de rendement des cultures fruitières, p. 65.)

[4] Le «ventre» de cette sorte de haie peut, sans compromettre son aération et son ensoleillement, atteindre 1 mètre et plus et M. Cuny ne considère-t-il pas d'ailleurs qu'éclairée seulement sur sa face externe, la couronne de l'arbre-tige a une épaisseur utile de fructification d'environ 0,50 m. La situation est ici bien meilleure, la lumière arrivant jusqu'au centre, à la fois par le haut et par la double façade, au travers d'une charpente mieux agencée.

[5] Il est naturellement possible de faire du bouché-thomas en espalier le long d'un mur : il suffit de supprimer les branches gourmandes sans avenir qui naîtraient de son côté. S'il s'agit, non pas de tirer parti d'arbres déjà plantés, mais d'un espalier à créer, on disposera les scions à environ 50 cm en avant du mur, de façon à centrer le poids de la charpente et des fruits et à dispenser les arbres, sans qu'ils en soient déséquilibrés, de prendre appui sur un palissage mural.

[6] Notre fil «attache-fruitière» constitue un cordeau remarquable, d'une solidité à toute épreuve, que son enrobement blanc inaltérable rend visible par tous les temps. Débité à la demande, ce fil servira ensuite pour les attaches de croisement et abaissements de branches. (voir ici).

[7] Le renforcement de charpente qui en résulte n'est vraiment nécessaire qu' à partir de la mise à fruits : il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter si, lors de la plantation, leur longueur ne le permettait pas encore.

[8] Le biseau des coupes, qui doit reposer à plat sur le sol, impose d'ailleurs cette position, qu'aura donc dû prévoir celui qui a paré les racines (voir fig. 63) ; si celles-ci sont distribuées en éventail, les coupes auront été faites toutes sur la même face ; et si le bourrelet de greffe peut regarder le fond du trou, les chances de rapide affranchissement augmentent, la tige étant en contact avec le sol sur une plus grande longueur.